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Marie Bochet, cheffe de mission de la délégation paralympique

Pour cette édition des Jeux Paralympiques, Marie Bochet ne prendra pas le départ. Elle a un rôle tout particulier, cheffe de mission de la délégation paralympique. La légende du para ski alpin se confie sur ce rôle important.

Qu’est-ce que ce rôle de cheffe de mission représente pour toi ?

Marie Bochet : Je suis vraiment très honorée qu’on m’ait proposé d’être cheffe de mission qui est un rôle important. J’ai vraiment pris à cœur cette mission de transmission d’expérience, d’accompagnement de la délégation et des équipes du CPSF dans l’organisation de cet événement pour la performance de nos athlètes. C’est un bel honneur, avec beaucoup de responsabilités, mais aussi une réelle chance de vivre ces premiers Jeux différemment après ma carrière. Ça rend la transition de ma fin de carrière plus douce. Je suis heureuse parce que c’est une place au cœur de la délégation, au contact des athlètes et au sein d’un événement que je connais plutôt bien. Finalement, il y a quelque chose d’assez semblable à ce que j’ai vécu en tant qu’athlète.

Justement, quelles émotions ressens-tu en revivant des Jeux, mais de l’autre côté de la piste ?

M.B. : J’ai hâte de me laisser surprendre par les émotions sportives ! Bien sûr, on vit ces émotions très intensément en tant qu’athlète, mais on les vit aussi très fort quand on est passionné par son sport, et encore plus quand on connaît les athlètes. Je pensais peut-être ressentir un peu d’envie en arrivant ici, mais finalement pas du tout. Ça me conforte dans mon choix d’avoir arrêté ma carrière, je n’ai aucun regret. Je me sens vraiment à ma place en tant que cheffe de mission. Et puis il y a aussi des petits avantages, on se lève un peu plus tard que les athlètes ! (rires)

La délégation est répartie sur deux sites. Comment on se prépare à ça en tant que cheffe de mission ?

M.B. : À faire beaucoup de route (rires) ! Dans ma carrière, il n’y a eu que Vancouver où l’ensemble des athlètes était au même village pour la neige, et ça change beaucoup l’ambiance. Quand tout est regroupé, cela crée une atmosphère particulière, une vraie ambiance Jeux. A Cortina, il y a quand même une dynamique parce qu’il y a plusieurs disciplines, le para ski alpin, le curling fauteuil et le para snowboard. Ça permet de rencontrer des athlètes qu’on ne connaît pas forcément. Mais à Predazzo, l’ambiance peut ressembler davantage à une Coupe du monde. Le défi, c’est donc d’arriver à créer ce « mood Jeux », cette atmosphère si particulière. De mon côté, je vais essayer d’aller un peu partout pour voir les trois collectifs et les accompagner au mieux.

La délégation française est resserrée mais a un fort potentiel. Toi qui es au plus proche des athlètes, comment les sens-tu ?

M.B. : Les jours qui précèdent les premières courses sont toujours particuliers. On sent que la pression monte. On commence à parler de cérémonie, de compétitions… Pour certains, les entraînements sont terminés et la prochaine fois qu’ils seront sur la piste, ce sera pour la course. C’est un événement dont on parle pendant quatre ans, donc forcément c’est spécial. Face à cette pression, certains athlètes se révèlent et d’autres peuvent commencer à paniquer un peu. Mais ce que je trouve positif, c’est qu’ils sont dans l’échange. Ils partagent leurs émotions. Et quand les athlètes communiquent, c’est déjà beaucoup plus simple pour les accompagner.

Il y a aussi deux nouveaux paralympiens dans l’Equipe. Quels conseils pourrais-tu leur donner ?

M.B. : C’est toujours compliqué de donner des conseils parce que ce qui marchait pour moi ne marche pas forcément pour eux. Mais je pense que le plus important, c’est de se concentrer jour après jour. C’est quelque chose qui m’a beaucoup aidée, notamment à Sotchi. Que tu gagnes ou que tu perdes, il faut réussir à vivre ta journée sans penser à la précédente ni à la suivante. Si tu regardes l’ensemble des Jeux, ça peut devenir vertigineux. L’idée, c’est vraiment d’isoler chaque compétition. Et puis il faut aussi faire confiance à son équipe. Aux Jeux, il y a beaucoup de nouvelles choses autour de toi. On ne peut pas tout gérer seul, donc il faut accepter de déléguer et de s’appuyer sur les personnes qui t’entourent.

Les athlètes viennent te demander des conseils ?

M.B. : Oui, certains posent pas mal de questions. D’autres le font moins directement, mais observent beaucoup. Parfois, ils ont juste besoin que je sois là, et ça les rassure. Ils ont tous leur caractère et leur manière de fonctionner. Mais comme je les connais bien, je vois assez vite ce dont ils ont besoin.

Les Jeux sont aussi un moment clef pour faire parler du parasport et du handicap. Comment vois-tu ce rôle ?

M.B. : C’est vrai que ce rôle d’incarnation arrive un peu avec les résultats sportifs. À Sotchi, par exemple, je ne me rendais pas forcément compte de l’impact de ce que je disais. Avec le recul, je réalise que mon parcours peut avoir de la résonance, inspirer certaines personnes ou leur permettre de se projeter. Les Jeux, grâce à leur médiatisation, sont une opportunité incroyable pour parler du handicap et du parasport. Mais il faut aussi réussir à protéger les athlètes pour que ce ne soit pas leur seule mission pendant la compétition. Le fait que je sois cheffe de mission permet aussi de prendre une partie de cette charge médiatique et d’alléger un peu les athlètes.

Un message pour les supporters ?

M.B. : Ça va être dingue ! Franchement, sur chaque course qu’ils vont regarder, il y aura un Français engagé avec une chance de médaille. C’est la grande force de cette équipe paralympique. On ne peut jamais promettre une médaille, mais on peut promettre des émotions fortes. À chaque départ d’un Français, il y aura de l’enjeu. Il faut suivre les Jeux Paralympiques, ça va être un très beau spectacle !

Après ces Jeux, il y aura les Jeux des Alpes françaises en 2030. Comment on les prépare ?

M.B. : Milan-Cortina sont des Jeux très importants pour nous. Quand on sait que les prochains auront lieu à la maison, on ne peut pas seulement vivre l’événement, on observe aussi beaucoup. On analyse ce qui fonctionne bien ou moins bien, ce qu’il faudra reproduire ou améliorer. Chaque édition apporte des apprentissages. Même si notre priorité reste la performance de l’Equipe de France, il y a plein de choses à retenir pour 2030. Ça peut nous faire gagner beaucoup de temps dans la préparation.