Les techniciens de l’Equipe de France
Derrière chaque performance, il y a un travail invisible mais déterminant : la préparation du matériel. Fartage, affûtage, choix du matériel, analyse de la neige… Deux techniciens de l’Equipe de France, Laurent Duffourd (para ski alpin) et Robin Mahillon (para ski nordique) racontent leur métier.
Quel est le rôle d’un technicien préparateur ?
Laurent Duffourd (para ski alpin) : Notre rôle, c’est simple : faire en sorte que les skis aillent le plus vite possible. Ça passe par un bon fartage, un bon affûtage et les bons réglages. Mais surtout, il faut être à l’écoute de l’athlète. On teste toute l’année différents réglages pour trouver ce qui fonctionne le mieux selon la neige et les sensations. On recherche le meilleur fart par rapport à la texture, le grain, la température, l’humidité. Le jour de la course, on est aussi au départ pour les derniers ajustements et pour donner les informations sur l’état de la piste, on met un dernier produit qui sera au plus juste de la neige. Pour neuf athlètes, nous sommes deux techniciens. Les journées sont longues : on commence très tôt et on finit souvent tard le soir.
Robin Mahillon (para ski nordique) : Une grande partie du travail consiste aussi à choisir les bons skis avec l’athlète, être à son écoute. Je dirais que ça représente presque 50% de la réussite. Ensuite, il y a tout le travail de fartage et de tests pour trouver le bon produit selon les conditions. En classique, il faut aussi gérer l’accroche pour que l’athlète puisse pousser efficacement dans les montées.
Les athlètes utilisent-ils plusieurs marques selon les disciplines ?
L.D. : Non, en général un athlète travaille avec une seule marque pour toutes ses disciplines. On ne voit pas quelqu’un courir avec une marque en slalom et une autre en géant.
R.M. : En revanche, dans une même équipe on peut avoir plusieurs marques selon les athlètes. Il m’est déjà arrivé d’avoir cinq athlètes et cinq marques différentes.
Comment adaptez-vous la préparation aux conditions de neige ?
R.M. : On fait énormément de tests. On peut partir en compétition avec des dizaines de paires de skis et plusieurs centaines de produits différents. Le matin, on compare plusieurs préparations pour identifier celle qui glisse le mieux.
L.D. : Tout dépend de la température, du grain de neige et de son humidité. A Cortina, il y a une neige assez chaude et transformée. On adapte donc les produits en conséquence. On garde toutes nos données des saisons précédentes. Quand on retourne sur un site où on a déjà couru, ça nous donne de bonnes bases de travail. Si les conditions se ressemblent, ces informations deviennent très précieuses. Le jour de la course, on communique avec les coachs qui sont sur la piste et on modifie en fonction des retours sur le tracé, des lignes à tenir… On doit toujours anticiper les imprévus, notamment la casse. En ski alpin, une chute peut facilement casser.
Quelle relation entretenez-vous avec les athlètes ?
L.D. : La confiance doit être totale. Quand un athlète part à plus de 120 km/h, il ne doit pas se demander si ses skis sont bien préparés. S’il se pose la question, c’est qu’il y a un problème. La philosophie pour les athlètes paralympiques reste la même, il faut être à l’écoute de l’athlète. Selon le handicap, on peut adapter certains réglages ou sensations, mais l’objectif reste de trouver la configuration qui lui convient le mieux.
R.M. : La relation fonctionne dans les deux sens. Les athlètes nous donnent leur ressenti sur la neige, et nous analysons ces sensations pour améliorer le matériel.
Quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier ?
R.M. : Il faut être humble et toujours se remettre en question. Même quand une préparation fonctionne parfaitement un jour, rien ne garantit qu’elle marchera le lendemain. Ce que j’aime c’est réfléchir et chercher à comprendre comment sera la neige le soir, quand j’arrive sur piste le matin même. C’est à dire, comment elle va prendre le soleil, quel est l’impact du vent sur la neige, de voir l’évolution de la neige tout au long d’une journée pour ne pas me faire piéger.
L.D. : La première qualité, c’est d’être travailleur. C’est un métier très exigeant. Il faut toujours se poser des questions, se remettre en questions, se demander si on a le bon produit. Rien n’est jamais acquis.