02 juillet 2020

Les enjeux de la classification dans le parasport

Et si la classification était déjà une compétition pour chacun des sportifs paralympiques ? Se faire « tester » par un classificateur neutre mais forcément un peu subjectif, espérer la « meilleure » catégorie possible pour défendre toutes ses chances sportives, attendre une conclusion qui peut s'avérer négative...Tant de situations qui montrent que les enjeux de la classification peuvent se révéler fondamentaux.

Mais au fait la classification, qu’est-ce c’est ? « On pourrait la définir comme l’application au domaine du sport paralympique du principe des catégories de poids de corps au judo », telle est la définition que Jean Minier, Directeur des Sports du Comité Paralympique et Sportif Français, nous livre pour mieux comprendre, « Ca n’aurait pas de sens de faire se rencontrer un judoka lourd contre un plus léger. Dans le parasport, la classification sert à donner du sens et à homogénéiser les catégories de compétition pour chacun des  parasports ».

Une étape indispensable

Pour pratiquer un parasport en compétition en France, il faut se faire « tester » par un classificateur national qui va juger de l’impact du handicap sur la personne et sur la pratique sportive choisie. À l’international, ce sont deux ou trois classificateurs, un médical et un technicien, qui vont respectivement estimer le handicap et la façon dont celui-ci s’exprime sur la pratique, avec des exercices à réaliser et une observation durant la compétition qui permettent de déterminer dans quelle catégorie de déficients visuels ou dans quelle catégorie réservée aux handicaps physiques, l’athlète peut concourir. La procédure est assez différente pour la classification des sportifs handicapés mentaux, qui repose principalement sur l’étude des pièces justificatives de son handicap mental.

« La difficulté du testing dépend de la nature des handicaps, précise Jean Minier, quand un athlète est amputé d’un membre supérieur, le test sera rapide. Pour d’autres handicaps, la classification est plus fine et est forcément soumise à la subjectivité de l’oeil humain. Le système n’est pas parfait, il peut être contesté mais il faut savoir l’accepter. Quand un arbitre prend une décision, elle peut être bonne ou non, la classification c’est la même chose sur le principe ».

Le placement dans une catégorie plutôt qu’une autre peut ainsi déterminer une carrière qui sera faite d’espoirs de médailles ou tout simplement de finales malgré un entraînement acharné. Le matériel utilisé dans certains sports, comme le tir à l’arc ou le basket, peut malgré tout compenser certains handicaps grâce à des réglages précis, ainsi que le « Review », une actualisation de la classification, autorisant un éventuel changement de catégories si le handicap devait évoluer. Mais une classification a parfois des enjeux plus « humains », certains prétendants pouvant ne pas être classifiés et se voir fermer les portes du parasport. « S’entendre dire que l’on n’est pas éligible peut être très violent, insiste Jean Minier, dans la vie sociale vous êtes handicapés et dans la vie sportive on vous dit que vous ne l’êtes pas assez, il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie ».

On le voit, la classification n’est pas un domaine mineur dans la carrière du parasportif, elle génère également beaucoup de pression sur le classificateur qui, tout en étant légitime, a une grande responsabilité sur les épaules dès qu’il acte sa décision. Malgré tout, elle s’appuie de plus en plus sur des données scientifiques et statistiques que l’IPC affinent régulièrement afin qu’elle suscite peu de débats et permette une pratique la plus équitable possible. À Jean Minier le mot de la fin : « La classification est imparfaite mais tout le monde accepte ce principe car elle est indispensable à la compétition paralympique, elle est donc légitime et respectable ».

©propos recueillis par Renaud GOUDE

Pour aller plus loin : EPYG 2019 : Zoom sur la classification internationale